Pour dissemblables qu'ils soient, Alfred Carlier et son épouse formaient un ménage uni et la vie s'écoulait, paisible, pendant que grandissait la petite Louise. Derrière la maison, située rue Veuve Thibeauville, à Moreuil, un long jardin produisait la plupart des légumes nécessaires à la famille et quelques arbres fruitiers donnaient des fruits savoureux car, en ce temps là, l'air n'était pas pollué, Un grand verger, à Morisel, était planté de pommiers à cidre et chaque année, la récolte et le transport des pommes, le grugeage et le pressage, puis la mise en tonneaux du jus odorant donnaient lieu à des cérémonies rituelles auxquelles participaient amis et voisins. Chacun y allait de son aide et, pour finir, le restant du "pur jus" de l'an précédent, coulait à flots dans les verres, ce qui produisait une euphorie générale et les pas étaient plutôt mai assurés quand chacun retournait chez soi.
Quand je me rappelle tout ce que mes grands-parents faisaient au jardin, au verger et partout, les horaires prolongés de travail à l'usine, le long travail de raccommodage (car on faisait tout durer et je revois les reprises fignolées aux genoux des caleçons longs du grand'père...) quand je me rappelle, dis-je, que malgré cela , tous étaient gais, se réunissaient, faisaient, dans les moments de repos ou le dimanche, d'interminables parties de cartes, se promenaient avec les enfants dans la campagne, allaient parfois à la pêche, je me dis que le temps, pour nous, n'a plus la même valeur ou que, dans le rythme infernal de notre époque, nous ne savons plus utiliser les heures ni profiter du temps qui passe.
Alfred Carlier était un home tenace, courageux et persévérant. Il voulait sortir de sa condition de salarié et désirait que sa fille atteigne le même idéal. Bien que d'apparence bonasse, il avait un fort caractère et, quand il sortait de ses gonds, ses colères étaient mémorables mais aussi vite retombées car il était foncièrement bon.
Après avoir reçu une bonne instruction, Louise fut placée très tôt en apprentissage dans l'atelier de couture de Madame Douville au prix d'un grand sacrifice pour ses parents car, à l'époque, on devait payer la patronne pour qu'elle accepte de former les apprenties, ce qui semble impensable à présent, et était pourtant logique, (on paye bien les enseignants et les apprentis coûtent plus, en temps passé et en malfaçons à reprendre, qu'ils ne rapportent.) et donnait des résultats autrement meilleurs que les méthodes démagogiques actuelles.
Louise devint rapidement une des meilleures ouvrières. Malgré le travail pénible de la couturière et les nuits passées souvent pour terminer à temps un ouvrage, notre mère gardait un souvenir passionné de cette période de sa vie et elle nous contait comment le travail se faisait dans une ambiance d'amicale gaieté. Un certain humour était admis, même en usine, comme lorsque mon grand'père répondit malicieusement à son patron qui lui disait avoir acheté un piano pour sa fille que, coïncidence, il venait d'en acquérir un pour la sienne... Le patron fut fort étonné car un ouvrier, fut-il cadre, n'avait habituellement guère les moyens d'acheter un tel instrument qui coûtait une fortune et il ne savait pas que mon grand'père, qui riait dans sa moustache, parlait simplement, en guise de piano, d'une machine à coudre, première étape des grands projets en vue de l'établissement de Louise, ma mère!
Bientôt, Alfred, lui aussi, cessa d'être salarié et installa rue du Santerre un atelier de mécanique bonnetière et une forge lui permettant de travailler pour son propre compte pour toutes les entreprises de Moreuil qui le chargeraient de l'entretien et des réparations de leurs machines, ce qui était un échelon de gravi dans sa condition sociale. Cet atelier était situé à coté de l'épicerie-vannerie-graîneterie de mes grands parents Gardin et en face de l'atelier de couture et confection qui fut repris par ma mère, ce qui eut peut-être une influence sur la rencontre de mon père et de ma mère.
Alfred Carlier était un home tenace, courageux et persévérant. Il voulait sortir de sa condition de salarié et désirait que sa fille atteigne le même idéal. Bien que d'apparence bonasse, il avait un fort caractère et, quand il sortait de ses gonds, ses colères étaient mémorables mais aussi vite retombées car il était foncièrement bon.
Après avoir reçu une bonne instruction, Louise fut placée très tôt en apprentissage dans l'atelier de couture de Madame Douville au prix d'un grand sacrifice pour ses parents car, à l'époque, on devait payer la patronne pour qu'elle accepte de former les apprenties, ce qui semble impensable à présent, et était pourtant logique, (on paye bien les enseignants et les apprentis coûtent plus, en temps passé et en malfaçons à reprendre, qu'ils ne rapportent.) et donnait des résultats autrement meilleurs que les méthodes démagogiques actuelles.
Louise devint rapidement une des meilleures ouvrières. Malgré le travail pénible de la couturière et les nuits passées souvent pour terminer à temps un ouvrage, notre mère gardait un souvenir passionné de cette période de sa vie et elle nous contait comment le travail se faisait dans une ambiance d'amicale gaieté. Un certain humour était admis, même en usine, comme lorsque mon grand'père répondit malicieusement à son patron qui lui disait avoir acheté un piano pour sa fille que, coïncidence, il venait d'en acquérir un pour la sienne... Le patron fut fort étonné car un ouvrier, fut-il cadre, n'avait habituellement guère les moyens d'acheter un tel instrument qui coûtait une fortune et il ne savait pas que mon grand'père, qui riait dans sa moustache, parlait simplement, en guise de piano, d'une machine à coudre, première étape des grands projets en vue de l'établissement de Louise, ma mère!
Bientôt, Alfred, lui aussi, cessa d'être salarié et installa rue du Santerre un atelier de mécanique bonnetière et une forge lui permettant de travailler pour son propre compte pour toutes les entreprises de Moreuil qui le chargeraient de l'entretien et des réparations de leurs machines, ce qui était un échelon de gravi dans sa condition sociale. Cet atelier était situé à coté de l'épicerie-vannerie-graîneterie de mes grands parents Gardin et en face de l'atelier de couture et confection qui fut repris par ma mère, ce qui eut peut-être une influence sur la rencontre de mon père et de ma mère.
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