jeudi 4 décembre 2008

Le mariage de Georges Arthur Gardin et de Marie-Louise Charlotte Carlier (Georges et Louise) fut célébré à Moreuil le 28 Décembre 1905. Leur contrat de mariage, reçu le 23 Décembre par Maître Manier, notaire à Moreuil, précisait qu'ils étaient mariés en première noce sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts.

En ce temps là, c'était « la Belle époque ». Un certain Monde menait une vie de luxe et d'oisiveté. L'industrie naissante créait d'immenses fortunes. Le prolétariat se construisait et prenait conscience. Les injustices sociales commençaient d'être ressenties. Les salaires et les prix étaient très bas mais il n'existait aucune protection réelle contre la maladie ou la vieillesse. Certains versaient une faible cotisa­tion à une mutuelle comme « Les Prévoyants de l'Avenir », mais cela était très insuffisant en cas de coup dur. Aussi, nombreux étaient les pauvres, les mendiants et les malheureux. Cependant, une certaine solidarité et des liens familiaux très forts remédiaient en partie à ces misères. La mendicité était chose courante et l'obole, souvent en nature, était rarement refusée aux mains tendues de vieillards résignés, ou d'enfants en haillons de familles malchanceuses ou de parents paresseux ou ivrognes. Quelques riches familles, souvent issues de l'ancienne noblesse, comme celle de la Marquise De Plessis-Bellières qui habitait le château de Moreuil, venaient en aide aux malheureux qui leurs en étaient reconnais­sants, comme cela semblait naturel à l'époque.

Simultanément, les Arts et les Techniques prenaient un prodigieux essor. A Paris, dans un même tourbillon, le music-hall, les peintres, artistes de tous poils, écrivains et poètes, entraînaient la foule des nantis. De fastueuses Expositions émerveillaient le Monde. Alfred Carlier pouvait raconter son voyage, à peine croyable dans sa vie laborieuse, au cours duquel il avait pu découvrir la Tour Eiffel dressée dans le ciel de la « Ville Lumière », près de la « Grande Roue ». Il ne manquait pas de laisser libre cours à son enthousiasme pour la fameuse « Galerie des Machines » où il s'était retrouvé dans son élément!

Avec l'Aviation naissante, mon père, Georges Gardin, toujours passionné pour toutes les innovations, pouvait admirer dans « Le Petit Journal Illustré » les représentations réalistes des étranges machines volantes. Il n'aurait pas imaginé qu'une dizaine d'années après il serait mis à la tête d'une équipe destinée à la réparation des avions de combats engagés dans la guerre 14/18, inquiétants assemblages de bois et de toile, dans un entrelacs de câbles et de tendeurs mus par d'étranges moteurs rotatifs à cylindres montés en étoiles.

De même, ma mère, Louise Carlier, encore jeune fille, était-elle émerveillée par ce voyage, extraordinaire pour l'époque, de Moreuil à Bulles, dans l'Oise, aller et retour, emmitouflée comme il fallait, dans la belle automobile découverte du patron de son père. Bulles, où « Saine Fontaine » s'appelait « Source Napoléon » ; semblait si loin... Et les autos étaient si rares qu’elle n'aurait pu supposer qu'elle posséderait beaucoup plus tard, une rapide et confortable I.D.19 Citroën !
En Province et à Moreuil en particulier, l'Epoque pouvait être Belle... Mais non pas dans la joie artificielle du « French Cancan », ni dans les idées fumeuses du surréalisme, ni dans les fantasmes des Poètes Maudits, mais, malgré le dur labeur quotidien, sans week-ends ni vacances, dans l'ambiance chaleureuse de la campagne Picarde, les gens étant proches les uns des autres et leurs désirs raisonnables. On travaillait jusque seize heures par jour, mais on avait goût au travail et on déjeunait avec deux sous de pâté de porc.
Et, en définitive, pour les jeunes mariés, Georges avec sa moustache bien tirée, Louise bien serrée dans sa guêpière qui l'étripe, oui, sûrement, en ce beau jour du 28 Décembre 1905, pour eux deux, ce devait être « La Belle Epoque »!

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