jeudi 4 décembre 2008

Début du récit de Jean Gardin commencé en 1973

Georges Arthur Gardin naquit à Sainte Catherine les Arras (Pas de Calais) le 24 Février 1880; Son épouse, Marie-louise, (dite Louise) Carlier vit le jour le 8 Septembre 1884 à Moreuil (Somme) Ce furent mon père et ma mère.


La famille Gardin semble originaire du Nord de la France. On rencontre encore, dans cette région, un certain nombre de familles portant ce nom, mais il ne parait pas que nous soyons apparentés avec elles. Même en remontant aux plus lointains souvenirs de ma prime enfance, je ne trouve guère d'indications sur notre famille avant sa venue à Moreuil. J'entendais bien parler de l'Oncle d'Arras, directeur d'un journal régional, de l'Oncle Picoche, qui devait occuper une fonction dans un établissement d'enseignement libre, de deux cousines, la mère et la fille, malades et presque nécessiteuses, et qui, entre les deux guerres, habitaient rue des deux gares (Nord et Est) à Paris où mes parents leur rendait de rares visites. J'ai connu la Cousine Herminie qui, après la guerre de 14/18, j'ignore à la suite de quels avatars, débarqua à Saint just en chaussée dans l'embarras de l'installation de mes parents sinistrés, avec sa gouvernante, Mademoiselle Marie, qui soignait ses perpétuelles migraines (contestées par mon père) avec des "mouches d'opium" collées sur la tempe, ce qui remplissait d'une craintive stupéfaction le jeune garçon que j'étais alors.

Du coté de ma mère, les Carlier étaient nouveaux venus à Moreuil, mais il m'est peut-être plus facile d'en retrouver les antécédents, car j'ai connu et je connais encore, chez eux, beaucoup de parenté que nous retrouverons plus loin.

A la fin du dix-neuvième siècle, Troyes était incontestablement la grande et presque unique capitale de la bonneterie en France quand se fonda à Moreuil une importante industrie bonnetière qui mit bientôt cette petite ville en concurrence avec Troyes. Les besoins de main d'oeuvre qualifiée conduisirent les industriels à amener avec eux ou à débaucher des ouvriers troyens en leur proposant sans doute des conditions avantageuses, et qui se fixèrent ainsi à Moreuil. Parmi eux, mon grand-père Alfred Carlier, accompagné de son épouse, Marie Clément, n'était pas un ouvrier quelconque. C'était un mécanicien bonnetier, spécialiste de ces « Métiers » complexes et délicats qui, rectilignes ou circulaires, unis ou « Jacquard », tricotaient mécaniquement et rapidement la « Maille », base de toute la bonneterie. Comme ses connaissances étaient grandes, les fabriques qui se montaient, se disputaient sa collaboration.
Il était passionné par son métier et j'ai été longtemps bercé par les récits des anecdotes et des avatars de sa profession. Il y avait, entre autres, l'his­toire de l'industriel trop pressé qui faisant fi des conseils de mon grand-père, fit sauter toutes les machines de l'usine en la mettant en marche avant que les scellements ne soient assez pris... Dans un coin de la forge de mon grand-père, se trouvait un vérin puissant qui, disait-on, avait servi à soulever l'Usine Bouly dont les fondations s'étaient affaissées; Et moi, pensif, je me représentais naïvement l'usine s'élevant dans les airs, élevée par ce vérin pourtant peu impressionnant... D'autres fois, je riais avec les grandes personnes de la maladresse d'un ouvrier dont la fausse manoeuvre avait « bouzillé » la « Fonture" et massacré toutes les aiguilles. Souvent, avec des camarades, je jouais à mettre bouts à bouts les bobinettes coniques de carton, jetées au rebut après emploi et qui formaient de longues et fragiles perches vite cassées.

Une grande partie de la famille Carlier continuait à vivre et travailler à Troyes et, comme elle était nombreuse et active, nous en retrouverons des membres au cours de notre chronique.

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